Un socle conceptuel commun

Nos travaux de recherche sont centrés sur un socle conceptuel commun prenant en compte le développement du sujet, des collectifs et des dispositifs socio-techniques de manière durable à partir de l’analyse des activités de travail, de la vie quotidienne, de la formation et de l’art. Les cadres théoriques à partir desquels nous structurons nos recherches correspondent à la conception de l’homme comme « sujet capable » acteur au quotidien de son développement. Le sujet capable dispose d’un ensemble de ressources à la fois internes et externes, ressources qui sont constitutives de son pouvoir d’agir, ressources qu’il mobilise au sein de ses activités et qui médiatisent ses rapports au monde, aux objets de l’activité, aux autres sujets et à lui même.

Évolution et choix des thèmes

Les questions de développement nourrissent les conceptualisations de l’ergonomie développée à l’université Paris 8 depuis 20 ans, à travers l’approche instrumentale (Rabardel, 1995), le sujet capable (Rabardel, 2010), l’intégration de la maitrise d’usage au sein de la conduite de projet (Folcher, 2010). Cette perspective se prolonge actuellement avec Decortis (2015) qui, en développant l’ergonomie orientée enfant, met à jour des dimensions importantes du développement pour tous les sujets, en particulier les dimensions créatives et narratives. Enfin l’approche transitionnelle (Bationo-Tillon, 2017) propose un prisme supplémentaire pour penser le développement en identifiant les conditions et les capacités d’agir favorables au chemin singulier de développement du ou des sujets, notamment en proposant un détour du côté de l’art.Mais plus largement, ces dernières années, l’ensemble de la communauté de l’ergonomie s’est s’emparé de la question du développement, comme le manifeste le thème du congrès de la SELF 2014 « Ergonomie et développement pour tous », ainsi que l’ouvrage collectif « Ergonomie constructive » édité par Falzon (2013) et auquel des membres de l’unité ont contribué (Toupin, Cuvelier, Bourmaud). Ainsi les enjeux sont de s’éloigner d’une ergonomie défensive qui consiste à réduire les contraintes de l’activité de travail, pour aborder une ergonomie développementale qui vise à mieux comprendre les entraves au développement des personnes et des systèmes socio-techniques, et à contribuer à impulser des dynamiques de développement au cours même de l’intervention.

Spécificités de l’ergonomie à l’université Paris 8

Outre la focale, historique, sur le développement, nos travaux s’appliquent à décrire les activités d’un sujet capable tout au long de la vie : enfants, adolescents, personnes en situation de handicap, personnes vieillissantes. Nous menons des recherches contribuant au développement durable des sujets, des collectifs, et des systèmes socio-techniques dans 4 champs d’intervention ou situations : le travail, la vie quotidienne, la formation et l’art (TVQFA ). Ces 3 derniers champs (vie quotidienne, formation et art) sont singuliers à P8, ils sont notamment étudiés au sein du Labex Arts-H2H et, sur le plan de l’ergonomie, ils fondent un renouveau de la discipline et une singularité au plan national. Bien que proposant une formation spécifique dans le paysage national, il existe une forte insertion de notre formation et de nos travaux de recherche dans la communauté nationale et internationale de l’ergonomie, dans le tissu industriel et sur un plan pluridisciplinaire.

Des questions de recherche communes aux axes de recherche thématiques

Nos travaux de recherche convergent pour alimenter des questions de recherche communes et transverses : Comment le(s) sujet(s) se développe(nt) dans ses(leurs) activités TVQFA ? Comment concevoir les conditions favorables à un éventail de chemins de développement singulier du sujet ou des sujets au sein de la société ?Nos questions de recherche sont en partie nourries par les demandes de commanditaires extérieurs industriels (télécommunication, transport, sécurité nucléaire, Véhicule Décaborné, Communicant et Mobilité, Fondation pour une Culture de Sécurité Industrielle, etc.), institutions diverses (Musées, Ministère des Finances, LABEX, Partenariats institution-citoyens pour la recherche et l'innovation, etc.), qui permettent d’apporter des réponses scientifiques nourries par les évolutions sociétales telles que le développement durable ou le véhicule autonome pour prendre deux exemples actuels. Cependant, chaque reformulation dans le champ scientifique de ces demandes sociales sont des occasions, chaque fois renouvelées, d’élaborer de nouvelles conceptualisations, méthodologies, de mettre à jour de nouveaux domaines d’activité, de nouvelles problématiques de recherche émergentes en ergonomie. 3 axes sont définis et s’enrichissent mutuellement.

Axe 1 : Ergonomie, technologies numériques et nouvelles formes d’organisation du travail : évolution des modes de présence au monde et genèses dans l’activité

Nos recherches interrogent la façon dont les technologies (essentiellement numériques), les nouvelles formes d’organisation du travail, ainsi que l’évolution de la législation relative au travail et à la sécurité transforment les activités TVQFA. En retour, nous explorons la façon dont les activités humaines transforment les technologies, les organisations et l’évolution des règles (en particulier les règles de sécurité et de contrôle) par le biais de genèses de tous ordres (genèses identitaires, genèses instrumentales, genèses professionnelles, genèses de l’expérience par le biais de récits). Ces évolutions transforment les modes de présence du/des sujets au monde dans la multiplicité de leurs sphères de vie TVQFA : en s’appropriant les artefacts (genèses instrumentales), les sujets reconfigurent les formes de présence à leurs mondes, à eux-mêmes et aux autres (genèse de l’expérience). Ces reconfigurations peuvent enrichir ou atrophier leur créativité.

Axe 2 : Ergonomie et développement du sujet tout au long de la vie : activité narrative, réflexivité et construction des parcours de vie et de travail

Concevoir des instruments et des organisations qui accompagnent les sujets dans des zones potentielles de développement, à différents horizons et en prenant en compte la singularité du chemin de développement tout au long de la vie, est une gageure pour les années à venir. Nos recherches interrogent et examinent la façon dont les sujets élaborent et mobilisent des ressources réflexives, la manière dont ils « transitent » d’un monde à un autre, dont ils construisent leurs parcours professionnels et de vie en articulant des dimensions de santé et l’éventail des modalités d’expressions. Les travaux portés par les étudiants autour de divers enseignements (suivi collectif de stage, bilan de capacités) dispensés en licence de psychologie et en master d’ergonomie pour les accompagner à construire leur projet universitaire et professionnel constituent une riche diversité de terrains de recherche pour nourrir cet axe : elle permet d’explorer le renouvellement du regard que les étudiants portent sur leurs multiples expériences. Mais nos recherches sur cet axe sont également fortement ancrées dans le monde du travail (partenariats avec des entreprises des secteurs industriels, des services, transports, transition agro-écologique) et bénéficient aussi des avancées novatrices faites dans le domaine de l’art.

Axe 3 : Ergonomie et design

Nos recherchent visent à conjuguer le design et l’ergonomie pour concevoir des situations TVQFA et à examiner les technologies numériques favorables au développement des sujets dans leur diversité. Le design (design de l’interaction, design thinking), est de plus en plus présent dans le monde industriel et éducatif. Cependant, il manque d’ancrage dans le réel et se heurte à ce dernier. Notre parti pris est de former des designers avec une focale sur l’analyse de l’activité : un ancrage conceptuel et empirique extrêmement fort permet de se positionner vis-à-vis des institutions (entreprises, organismes de formations, … ) et d’intervenir pour contribuer à la transformation des situations (par exemple une hybridation de l’approche instrumentale et des méthodes de conception du design). Par exemple, dans le domaine de l’éducation, nous explorons comment impulser des changements durables et profonds (notamment dans des écoles élémentaires) à travers des activités qui relèvent du « faire » et nous étudions les conditions dans lesquelles ces activités peuvent servir de levier pour l’éducation. Ces travaux (partenariat ENSAD, ENS Cachan) ouvrent de nouvelles voies pour penser le développement du « faire » dans l’apprentissage (éducation, mais aussi formations et didactiques professionnelles) et pour penser le développement de ressources narratives et créatives.

Les points forts et les directions de développement de nos recherches dans les prochaines années

Les forces et les potentialités de l’équipe : des problématiques transverses aux champs d’investigation, des hybridations en cours et à prolonger.1. Des problématiques transverses : la narration, le récit, le cycle de l’imagination créative, le rapport sensible du sujet à lui même, aux autres et au monde (ne pas évincer le rôle du corps et des émotions dans l’analyse de l’activité), l’accessibilité, le handicap, le vieillissement, la sécurité, les risques industriels, les conditions de travail.2. Des hybridations et regards croisés au sein de l’équipe : de nombreux terrains, et champs investigués. L’équipe est jeune et construit une trame conceptuelle et une démarche commune : autant d’occasions de croiser des champs et d’innover.3. Des hybridations entre l’ergonomie, le design et d’autres disciplines : former des designers depuis les concepts et méthodes de l’ergonomie afin de créer de nouveaux concepts et méthodes dans l’entrelacs de ces disciplines, des collaborations transdisciplinaires avec l’anthropologie, l’art, les sciences de l’éducation.4. Des réponses scientifiques ciblées aux thèmes émergents comme les entreprises libérées, le télétravail, la réalité augmentée, le véhicule autonome, le développement durable, etc.5. Des méthodes rigoureuses, MDSR, etc.

Lien formation-recherche

L’originalité du parcours « Ergonomie, travail, formation, vie quotidienne » de Paris 8 est de former des ergonomes généralistes capables d’intervenir dans des secteurs d’activité variés TVQFA (accès à la culture pour tous, autonomie et maintien à domicile, conception des objets et services du quotidien, handicap, etc.). Les thèmes de recherche définis plus hauts sont enseignés tout le long du parcours de formation en ergonomie et donnent lieu à des directions de mémoires en Master 1 et 2 et des thèses dans l’ensemble des champs couverts TVQFA. Les doctorants C3U sont invités à contribuer aux enseignements au niveau de la licence et du Master, à présenter leurs travaux au sein des séminaires de recherche bi-mensuels et des séminaires doctoraux mensuels. Les étudiants et doctorants sont de plus invités à organiser des événements scientifiques comme par exemple les Journées de l’intervention en ergonomie (annuel).Notre parcours d’ergonomie est le seul en Ile-de-France (et sur le plan national) à offrir un cursus en ergonomie dès la Licence à égalité avec d’autres disciplines (avec des enseignements obligatoires en L1, L2 et L3), ce qui suscite, de fait, plus facilement des vocations à la recherche. Depuis l’année universitaire 2015-2016, les enseignements de licence sont également dispensés à distance (IED). Notre master s’insère dans le dispositif IDEFI-CREATIC porté par le laboratoire Paragraphe. Les étudiants sont préparés à intégrer le monde du travail en tant qu'ergonomes consultants ou salariés dans les secteurs d'activité employant classiquement des ergonomes tels que les institutions spécifiques du travail (condition de travail, handicap, sécurité), le domaine des télécommunications, des transports, de l'énergie, les structures de recherche et développement. Les étudiants sont également formés pour prospecter et démarcher de nouveaux territoires potentiels pour l’ergonomie comme par exemple, les domaines d'activité culturels (musées), mais également ludiques (sociétés de jeux, d'édition…), ou les thématiques émergentes (telles que par exemple le développement durable). En master (1 et 2), les étudiants sont amenés à collaborer avec des étudiants d’autres filières (architectes, informaticiens, etc.), notamment dans le cadre d’enseignements d’excellences. L’offre de recrutement d’ergonomes par les entreprises, d’une part, et le nombre de demandes d’admission d’étudiants en M1 et en M2, d’autre part, sont croissants. Depuis 6 ans, le pourcentage des étudiants inscrits en Master 1 a augmenté de 130%. Cette forte augmentation se répercute sur l’entrée en Master 2 et ensuite sur les demandes d’admission en parcours doctoral.